Le modèle de la sémiose (Vermersch, 2012) et le savoir-enseigner en formation à distance à l’université: traiter les données (1)

Ce billet est le premier d’une série de trois sur les étapes méthodologiques du processus de sémiose tel que proposé par Vermersch (2012).

Le modèle de la sémiose (Vermersch, 2012) contribue à la compréhension du savoir-enseigner en formation à distance à l'université. Pour Vermersch (2012), «(…) la sémiose naît de la distinction et de la mise en relation entre un objet, une chose à laquelle on peut se référer, donc un référent, et son représentant, pour un sujet» (p. 333). Dans ce processus, le concept de reprise, organisé autour de l’apparition du couple référent (vécu de référence) /représentant, permet d’investiguer les créations de sens (Vermersch, 2012). L’analyse de l’entretien d'explicitation de Noémie sur la planification d’un cours en formation à distance à l’université illustre la transformation des verbalisations aux différentes étapes du traitement des données.

1. Constitution de la première unité sémique 
La constitution de la première unité sémique ou la création d’une ipséité (ce qui fait qu'un être est lui-même et pas un autre) permet de prendre le moment vécu comme objet de pensée (visée de rappel). Le vécu de référence (v.1) est le moment de la planification d’un cours en formation à distance (FAD) à l’université. L’objet de pensée, c’est-à-dire la représentation mentale ou en d’autres mots l’acte cognitif de Noémie, conduit au représentant 1 (rep.1). Le vécu de référence (v1) produit le représentant (rep.1).

2. Première reprise : Verbalisation évoquée
La première reprise est la constitution du représentant 2 (rep.2). La tenue de l’entretien d’explicitation auprès de Noémie, professeure d’université (février 2017) est l’occasion de la mise en mots du moment de planification d’un cours en formation à distance (FAD). Le représentant 1 (rep.1) devient le vécu de référence 2 (v.2). La verbalisation évoquée (v.2) transformée en discours enregistré de l’entretien d’explicitation de Noémie produit le représentant 2 (rep.2).

3. Deuxième reprise : Transcription écrite de la verbalisation 
La constitution du représentant 3 (rep.3) consiste à transcrire verbatim l’entretien de Noémie incluant les didascalies, les répétitions, les balbutiements, les onomatopées, ainsi que les démarrages avortés. L’enregistrement de l’entretien d’explicitation de Noémie (v.3) produit le verbatim original de la planification de Noémie (rep.3). 

4. Troisième reprise : Numérotations et mise en tableau
La numérotation du verbatim de Noémie assure la traçabilité des données qui est essentielle à la scientificité des résultats. Le verbatim non numéroté (couche 0) correspond au représentant 3 (rep.3) devenu le vécu de référence (v.4). Ensuite, toutes les lignes du verbatim sont numérotées. De plus, chacune des répliques (ou parties de répliques) de Noémie est numérotée dans une autre couleur (couche 1). La relance (paroles de l’interviewer) porte le même numéro que la réplique avec en plus une lettre). Enfin toutes les répliques numérotées de Noémie sont transcrites dans un tableau (couche 2).  Le verbatim original (v.4) produit le tableau des répliques numérotées de Noémie (rep.4).

Le modèle de la sémiose proposé par Vermersch (2012) constitue un apport méthodologique indéniable permettant de donner sens au savoir-enseigner de professeurs d’université en formation à distance. La description des étapes du traitement des données relatives à l’entretien d’explicitation de la planification d’un cours mené auprès de Noémie illustre le recours au concept de reprise. «Les passages des reprises sont créatrices de sens» (Vermersch, 2012, p. 390). Pour Vermersch (2012), «l’intelligence organisatrice du modèle de la sémiose» repose sur un changement de point de vue par la transformation d’un référent (vécu de référence) en un nouveau représentant.

Référence
Vermersch, P. (2012). Explicitation et phénoménologie. Paris: Presses universitaires de France. 

- Marie Alexandre, Ph. D.  (UQAR)

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